17.06.2009
Si tu veux te mettre en route en ce monde, mieux vaut y naître sept fois
(...)
Si tu écris et en as les moyens,
que sept hommes écrivent ton poème.
Un qui bâtit un village de marbre,
un qui est né couché,
un qui dresse la carte du ciel et la connaît,
un que les mots appellent par son nom,
un qui a perfectionné son âme,
un qui dissèque les rats vivants.
Deux courageux et quatre sages :
toi, tu dois être le septième.
(...)
Attila Joszef, Le Septième,
In John Berger
(Katy)
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12.05.2009
Gala
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21.03.2009
et demain
On n'a jamais les armes qu'il faut. On tourne le truc dans tous les sens, à pleurer des baignoires d'excuses. On parle on se tait y'a des moments j'ai cru vomir - et même après une deux et puis cent nuits blanches il y a des matins où j'ai aimé sourire. Il paraît qu'il y a des cadeaux. De toute façon je ne sais pas haïr.

Le texte de Septième paraîtra en septembre dans la collection Focale d'Où sont les enfants ?, avec des photographies de Lucie Pastureau.
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25.12.2008
après barbara
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24.12.2008
et la lune en valise

Jusqu'ici - jusqu'à lui - elle n'écoutait jamais la première. Elle passait. Comme elle ferme les yeux. Comme elle dit pardon.
Le jour se lève et avant de l'étirer - de sourire quand elle voudrait hurler - de mentir un peu puisqu'elle voudrait se taire - elle attend. Que résonnent d'autres mots dans la maison vide. Piste 13. La joie de vivre. Et son rire.
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08.09.2008
et tous les autres
C’est un matin de janvier, maintenant. Je lui raconte l’oiseau mort dans les deux mains jointes du vieux monsieur. Cet homme forcément fou et seul qui a peuplé les murs voisins de mes territoires d’enfance. Qui faisait disparaître les oiseaux en même temps que mes rêves devenaient déjà un peu trop grands pour ses mains rétrécies par le temps.
Et je vois qu’elle s’arrête, que ses cils sur ses yeux ne se ferment plus, je vois les larmes avant qu’elles naissent et je sais. Qu’elle n’a pas de souvenirs. Qu’elle ne sait pas où ils sont. Elle traçait des croix dans les catalogues, assise sur le vieux fauteuil devant la télé. Elle rêvait d’une maison à l’abri de tout – même le facteur déposerait les lettres dans une boîte à l’entrée d’un chemin ils n’auraient pas besoin de beaucoup pour vivre elle voulait une maison avec un arbre et une balançoire des enfants à vélo et une rivière, derrière. Des oiseaux.
Et elle regarde au loin – quand elle pleure elle regarde au-dehors elle dit tout bas je pensais pas. Je pensais pas que ce serait ma vie, ça. J’ai bataillé quinze ans pour jeter à l’eau à la place d’un corps mort les mots coupable et pardon et je me retrouve à l’aube, tremblante sur le bord d’un balcon, à penser qu’est-ce que j’ai fait ?
Ce que tu as fait, c’est rester en vie. Ce que tu as fait, c’est pleurer toute la haine de ton ventre et l’enterrer sous des tonnes de silence. C’est décider un jour que tu allais vivre et le crier et le porter dans toi – et le donner.


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21.06.2008
je n'espère plus rien et je m'en vais sereine
Les manques, les silences, les creux, les vides, elle en a fait des bouts de chemin pour avancer.
Il faut que tu grandisses maintenant.
Je ne pouvais pas lui dire pire.
Grandir, elle demandait que ça.
Je fais semblant. Je fais semblant de vivre – de rire ou juste, d’être là. D’être là au milieu des autres mais j’ai laissé Laura par terre. Je referme la porte je tape mon poing dedans j’ai laissé Laura par terre.
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06.05.2008
"des cris dits avec les mains"
"ça rend sauvage l'écriture. On rejoint une sauvagerie d'avant la vie. Et on la reconnaît toujours, c'est celle des forêts, celle ancienne comme le temps. Celle de la peur de tout, distincte et inséparable de la vie même. On est acharné. On ne peut pas écrire sans la force du corps. Il faut être plus fort que soi pour aborder l'écriture, il faut être plus fort que ce qu'on écrit. C'est une drôle de chose, oui. C'est pas seulement l'écriture, l'écrit, c'est les cris des bêtes de la nuit, ceux de tous, ceux de vous et moi, ceux des chiens."
Marguerite Duras, Ecrire.

Je ne corne pas tes livres alors je relis tout - dix fois.
ça devait être une semaine pour écrire - je n'ai fait que lire.
J'ai ouvert en grand toutes les fenêtres ici, j'ai laissé entrer le soleil et la rue et les autres.
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09.04.2008
sur l'eau
je n'irai jamais plus loin que ces mots-là. alors je peux les déposer là. en attendant.
quatrième version d'un texte commencé - je ne sais plus quand. trois ans ? il y a dans cet ordinateur ribambelle de dossiers aux fichiers du même nom et remplis des mêmes mots - le silence.

Je l’enterrerai pas. Je la mettrai pas sous de la terre froide dans laquelle son corps serait forcé de pourrir. Je ne veux pas d’une tombe avec ses quinze petites années gravées dans la pierre. Je ne veux pas qu’elle repose à un endroit. Elle sera partout.
Le pire, ce sont les phrases qui me reviennent. Celles que j’ai entendues sans entendre. Un soir, il y a quelques mois, elle était arrivée avec beaucoup de retard. Elle revenait de la piscine. Viens manger, ma belle. Non, je n’ai pas faim. Je suis fatiguée. Dans l’eau ton corps lourd, lourd, pesait moins, c’est tout.
C’est la première fois que je la regarde longtemps, comme ça. Elle a la peau blanche, je ne peux pas croire que c’est sa peau. Sa peau, elle est rose, elle brille, elle est belle, elle est pas froide et blanche comme ça. Je ne peux pas croire que tout ça soit vrai. Je n’y arrive pas.
La barque a vacillé. J’ai hésité à tomber avec elle, à me jeter avec elle. Non. Je reste. Je l’ai déposée, avec prudence, comme l’on porte une reine, j’ai laissé l’eau froide engloutir son petit corps d’enfant. Il doit être plus de quatre heures maintenant. Il faut que je rentre. Elle a dû toucher le fond.
Je reviendrai.
Je n’ai même pas de haine. Je n’ai pas assez de force pour avoir de la haine, je lui dis. Et puis je déteste ça. Elle détestait ça aussi.
Il est assis dans un coin du canapé. Il attend. Il refuse de me parler. Mais je ne le laisserai pas sortir tant qu’il ne m’aura pas tout dit. Tant que je n’aurai pas compris. Il croit que je vais lui faire du mal.
J’ai préparé du café. Je lui sers une tasse. Il est gêné. Il n’ose même pas me regarder. Il me dit monsieur. Monsieur laissez-moi partir. Je m’excuse. Je pensais pas. Je regrette monsieur.
Une pièce blafarde avec des gens au visage fatigué, meurtri, lacéré de cernes et sur la table des gobelets en plastique avec du café froid. Les gens s’énervent, ils se lèvent, s’assoient, font les cent pas, au centre de la pièce il y a quelqu’un qui ne bouge pas, il regarde au sol, toujours, il a l’air plus fatigué que les autres encore, il est coupable. Ça se lit sur lui.
J’ai fermé les rideaux, j’ai mis le disque de Parle avec elle, ça me déchire, je voudrais que ça lui fasse mal aussi. J’ai pris un fauteuil moche que j’ai tiré près du canapé. J’attends qu’il me parle. Je lui ai dit, ne me mens pas, ça sert à rien, c’est pire que tout. J’ai besoin de savoir. Pourquoi ça s’est passé. Pourquoi elle ? pourquoi elle ne m’a rien dit ? pourquoi je n’ai rien vu ? comment toi tu fais pour vivre ? est-ce que tu as regretté ? est-ce que tu regrettes ? est-ce que tu as déjà prié, est-ce que ça te fait peur, ce qui s’est passé ?
Je lui balance tout et il regarde le mur, sans ciller, sans trembler, c’est un bloc de mépris, de violence rentrée, il ne me parlera jamais. Il donnerait tout pour être ailleurs qu’ici. Il a honte – même prier pour demander pardon, ça lui ferait honte. Il s’est pas passé une seule nuit depuis ce soir-là sans qu’il se réveille en sueur et en cauchemars. Il ne peut plus poser le regard sur une fille. Même le corps de sa mère lui fait honte. Est-ce qu’il saura aimer ? Est-ce qu’il aura des enfants ? C’était une enfant. C’était le corps d’une enfant. Il en tremble. Il revoit sa peau, laiteuse. Il se revoit marcher, le long de ces labyrinthes gris, elle marchait devant lui, elle avait la tête droite, elle ne disait rien. Elle ne pleurait pas. Elle s’est déshabillée sans dire un mot, elle a posé ses vêtements au sol, elle s’est allongée sur le sommier, sans matelas, elle savait. Elle avait déjà renoncé. C’était comme un corps sans rien dessous – ce n’était plus qu’un corps, qui n’a jamais tremblé. Et il se disait, comme c’est facile.
Je bois lentement mon café. De temps en temps je me lève, je marche un peu, je vais jusqu’à la fenêtre, je regarde à travers les rideaux, comme si elle allait revenir. Il y a un portrait d’elle sur l’étagère près du bureau.
J’attends qu’il parle et il ne dit rien – dis-moi putain. Elle est morte.
Rends-la-moi.
23:17 Publié dans bleus | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
12.03.2008
retournée
J'écris.
J'ai la prétention de dire ça : j'écris. Et je n'écris pour personne. J'écris pour me voir.
Hier soir à force de relire les pages cornées j'ai presque tout relu. "car les gens qui dégoûtent écrivent presque tous".
On m'a mis dans les mains des livres qui m'ont tenue debout.
Je sais que je vais au devant de ça. Que je vais m'accrocher aux silences quand on me dira "c'est vrai ? ce que tu écris, c'est vrai ?".
Ce qu'on écrit n'est JAMAIS, JAMAIS vrai.
je me relis et je relis la note plus bas.
je dis tout et son contraire je dis n'importe quoi.
alors je ne sais pas.
08:46 Publié dans faudra | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
05.03.2008
5188 - j'avance

"un livre doit être la hache pour la
mer gelée en nous"
Frantz Kafka.
in lettre à Oskar Pollak 1904,
23:22 Publié dans faudra | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
16.02.2008
à
alors oui cette image elle est à vomir ces mots-là je me dis c'est pas toi alors voilà les mots d'avant. Les mots avant les derniers.
Ça fait quinze ans que cette histoire je l’ai gravée dans ma chair. J’attends de la dire. J’attends de te la dire. Au début j’ai cru – des conneries. J’ai cru des conneries. J’ai cru que rien dire ça effacerait. Et ça n’a rien effacé. J’ai cru que parler ça effacerait. Et ça n’a rien effacé.
Parce que je ne t’ai pas parlée. A toi. A toi seule.
J’écris pour dire c’est vrai. Ce qui s’est passé – ça c’est passé, c’est tout, c’est comme ça – c’est ce gros mot que je gerbe, la fatalité, c’est ça, c’est ce mot-là qu’on dit ? Maintenant je sais pourquoi j’aime autant les corps nus des femmes dessinées sur les murs blancs de chaque maison où je m’endors, les églises les cimetières et le soleil dans les yeux – parce que c’est la même chose. Je veux croire que j’ai le droit d’être là. D’être là, avec ce corps là, dans cette vie. Je veux que l’on me dise j’ai le droit de vie.

Ce blog, et l'autre que j'ai effacé (amen), c'est ça. C'est ça qui rend malade. Chercher l'approbation. Oui, la note d'hier c'est pour entendre continue. Sinon j'y arriverai pas. J'ai dans mes étagères plus de livres à lire que de livres lus. j'ai un enfant, une famille, des amis, un amant à aimer. Des films gravés du linge à repasser des lettres à écrire - des vraies. Y'a la vie qui passe - et y'a ce livre à écrire. Pourquoi j'écris trois lignes par soir et ça dure trois heures ? J'écris pour dire c'est vrai.
Et je compte bien vivre quand même.
20:19 Publié dans faudra | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note















