06.11.2009
apostrophes
Tu as l air bien.
et si tu souris comme ça y a tout ton corps qui s ouvre - quand tu le vois je le devine
il t a repeinte en or
t as du rose plein les joues
et tu nargues, fière, les roux de l automne.
Ne te retourne pas.
Il marche un pas derrière toi.
Il marche une main dans ton ventre
il ne la retirera pas.
et tu t abandonnes
tu ne cèdes pas - tu t envoles
et des gouttes de sang
coulent au sol
au loin quelque chose bat
quelqu un chante
tu as mis son coeur dans une petite boite en bois
et tu l entends qui tape
jusque tard dans la nuit
et tu l entends qui pleure
les draps sentent encore lui
lui et sa peau d homme
les rêves qui brillaient dessus
les plaies qui criaient fantômes
- à crier
je n en pouvais plus
regarde les gens défilent
applaudissent disent bravo
on a refermé les livres
regarde - c est bien rangé
mis tout ensemble ça ne tenait pas
c était bancal ça s effritait
regarde : c est nos deux vies qu on sépare
je voulais apprendre de lui
je voulais corner les mêmes pages
j ai failli - son nom à lui
mais son nom à lui il est dans chacun de mes gestes
dans chacun de mes souffles
il crie
il tambourine
il dit ma femme
ma putain
ma céleste
et il rit
tu peux scotcher
fermer
vérouiller
et mentir
lui il rit.
13:21 Publié dans bleus | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
04.11.2009
Mem
12:24 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
31.10.2009
demain
j'ai levé les yeux au ciel. Je croyais que c'était un oiseau.
C'était un père qui embrassait sa fille.
J'ai fermé les yeux comme s'il y avait du soleil.
demain je dors chez moi.
14:08 Publié dans faudra | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
Ivresses
j'ai ce mot-là dans le ventre depuis des jours.
je racle.
de toi tout mon corps je racle.
J'aurais aimé vous écrire.
Parce que dans le tumulte des voix la vôtre me manque.
Je suis là, debout face aux grilles du palais et je pense : vous devez éprouver le froid, j'en suis sûre.
Et cette phrase entendue dans un livre, que mon fils répète ces jours-ci : maman, c'est l'automne, les feuilles tombent, les petits oiseaux se rassemblent.
Je n'ai pas d'adresse. J'ignore où vous êtes. J'ai tout rayé de vous. Puisque vous me le demandiez. J'ai jeté les lettres, le collier d'ambre et le froid sur la peau.
ce soir je suis vide de vous.
il y a la lumière sur les pierres blanches et si je tremble - qui viendra me serrer ?
Je fredonne et mes yeux coulent encore, coulent depuis des jours - maintenant quelqu'un manque, et c'est la terre entière bientôt.
J'ai cru que c'était toi. J'ai cru jusqu'à souffrir.
Mais il y a quelque chose que tu ne m'as pas pris. C'était - dans les pages d'un livre ce midi. C'était - face à l'enfant. C'était - sur les pierres grises tout le jour durant. Tu vois, je rime encore - et ça me fait sourire.
Il y a quelque chose que tu ne m'as pas pris.
Devant chaque petit bout du monde, le sentiment de beauté.
09:42 Publié dans bleus | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
07.10.2009
Les enfants sont neufs
Il y a des scènes que l'on répète mille fois, les mots s'usent et se perdent, au-dehors je crois quelque chose du temps qui abîme les détails qui font les vies et les années passent ainsi sans qu'aucun mot jamais ne soit dit.
Il a cinq ans, dix, quinze et puis dix-huit, à vingt il s'en va et mon ventre s'est creusé des gouffres des mots impossibles.
Pour son anniversaire, parce qu'il devenait grand, parce que ça pesait trop et chutt... se faire petite auprès de lui si grand. Je répétais, chaque souffle, chaque syllabe et je changeais tout, tout le temps, jusqu'aux virgules Théo vient t'asseoir je... viens. Je voudrais te parler. Juste, dire.
La glycine sur la terrasse c'est lui qui l'a plantée. Théo est un livre ouvert et qui apprend. Il sait le nom des plantes et de l'oiseau là qui chante, et lorsque je le regarde enfouir ses mains dans la terre, il me semble un moment qu'il a pris de l'existence la sève, les chants, les fruits.
J'ai vieilli quand lui grandissait et il m'a pris la main pour me dire, avant que mes mots à moi jamais n'aient franchi mes lèvres, me dire maman je vais être papa. Marie attend un enfant. Maman je vais être père.
On peut tout mettre dans des boîtes dans des livres des albums on peut ouvrir et refermer jeter et brûler il y a des choses qui jamais ne s'en vont et mon Dieu pourquoi je n'ai jamais su ?
C'est dimanche. j'ai passé une nuit presque blanche à tout étaler devant moi, tout reprendre pour lui donner un récit qui se tient, organiser, hiérarchiser et puis pleurer parce que devant les souvenirs on pleure.
C'est dimanche, Marie et Théo viennent ce midi déjeuner à la maison et je leur dirai asseyez-vous, je lui prendrai la main Théo assieds-toi. On prend parfois des décisions en quelques secondes, quelques jours - et puis c'est la vie entière qui bascule. Ensuite on vit avec ces choix dans nos chairs parfois comme des plaies ouvertes - et les autres n'en savent rien. Et personne ne comprend. Théo j'étais amoureuse.
04:09 Publié dans j'essaie | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
07.07.2009
Et si la nuit me cache moi je pleurerai cachée dans mes mots
apéro-rencontre suivi d'une projection et d'une lecture,
par Madeline ROTH, de son roman Septième
(Roman photographique à paraître en octobre chez Où sont les enfants ?)
1, rue du Sauvage, 13200 Arles - 04 90 49 89 40
Elle rit. Elle a ce drôle d'éclat de rire qui me vrille soudain le bas du dos.
Jusqu’à aujourd’hui je ne t’avais rien demandé. Tu débarques dans ma vie et j’ai cassé tous les miroirs. De la honte – j’en ai pris pour vingt ans. J’ai besoin de tout – sauf que tu m’en rajoutes, le truc qui tombe sur mes pieds nus et qui me fait me rhabiller dans le noir.
T’es incapable d’entendre la souffrance. Incapable de lui faire une place quelque part dans ta vie. Déjà trop chargée. Trop de choses pas assez réglées pour dire bien sûr on se pousse, on tasse, on use. Elle est égoïste, ta vie.
Tu ne sais pas t’excuser. Et moi – m’excuser pour deux, je ne peux plus. Pardon d’être là, d’avoir vécu ça, pardon de me battre, d’en chier, de remuer la merde pas de porte des autres, je m’excuse pour votre bêtise et vos silences et votre refus d’entendre de voir. On n’existe que dans les yeux des autres alors si je me vois pas, moi, dans tes yeux ? si dans le miroir, je me dégoûte ? si au milieu des draps blancs, j’ai honte ? j’existe où ?
Tu vas m’enlever ? De ta vie, tu vas m’enlever ?
Non.
Non, Laura, je vais enlever tout autour. Les guerres qu’on s’est faites. Là, juste, ce moment-là, à redire toujours pareil, à se regarder toujours pareil. On ne va nulle part. Ça ne me fait que du mal. Les amours meurtris, les passions impossibles tu les laisses dans les livres, dans la vraie vie y’a ni prince ni princesse et les gens qui s’aiment s’aiment en vrai. Pas de loin. Pas à moitié.
Si je ne te suffis pas pour tenir debout – si ce n'est pas moi qui doit t’aimer alors oui, on arrête. Je ne t’enlève pas. C’est toi qui t’en va.
Petite poupée brisée – elle s’est écroulée au sol dans un sanglot à déchirer le ciel. Et elle hurle Qu’est-ce que je vais faire ? Sans toi, je vais faire quoi ?
Tu vas grandir.
Il faut que tu grandisses, maintenant.
17:01 Publié dans faudra | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
17.06.2009
Si tu veux te mettre en route en ce monde, mieux vaut y naître sept fois
(...)
Si tu écris et en as les moyens,
que sept hommes écrivent ton poème.
Un qui bâtit un village de marbre,
un qui est né couché,
un qui dresse la carte du ciel et la connaît,
un que les mots appellent par son nom,
un qui a perfectionné son âme,
un qui dissèque les rats vivants.
Deux courageux et quatre sages :
toi, tu dois être le septième.
(...)
Attila Joszef, Le Septième,
In John Berger
(Katy)
11:55 Publié dans après | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : septième
12.05.2009
Gala
23:31 Publié dans faudra | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
21.03.2009
et demain
On n'a jamais les armes qu'il faut. On tourne le truc dans tous les sens, à pleurer des baignoires d'excuses. On parle on se tait y'a des moments j'ai cru vomir - et même après une deux et puis cent nuits blanches il y a des matins où j'ai aimé sourire. Il paraît qu'il y a des cadeaux. De toute façon je ne sais pas haïr.

Le texte de Septième paraîtra en septembre dans la collection Focale d'Où sont les enfants ?, avec des photographies de Lucie Pastureau.
14:06 Publié dans faudra | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
25.12.2008
après barbara
23:35 Publié dans bleus | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
24.12.2008
et la lune en valise

Jusqu'ici - jusqu'à lui - elle n'écoutait jamais la première. Elle passait. Comme elle ferme les yeux. Comme elle dit pardon.
Le jour se lève et avant de l'étirer - de sourire quand elle voudrait hurler - de mentir un peu puisqu'elle voudrait se taire - elle attend. Que résonnent d'autres mots dans la maison vide. Piste 13. La joie de vivre. Et son rire.
13:24 Publié dans faudra | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
08.09.2008
et tous les autres
C’est un matin de janvier, maintenant. Je lui raconte l’oiseau mort dans les deux mains jointes du vieux monsieur. Cet homme forcément fou et seul qui a peuplé les murs voisins de mes territoires d’enfance. Qui faisait disparaître les oiseaux en même temps que mes rêves devenaient déjà un peu trop grands pour ses mains rétrécies par le temps.
Et je vois qu’elle s’arrête, que ses cils sur ses yeux ne se ferment plus, je vois les larmes avant qu’elles naissent et je sais. Qu’elle n’a pas de souvenirs. Qu’elle ne sait pas où ils sont. Elle traçait des croix dans les catalogues, assise sur le vieux fauteuil devant la télé. Elle rêvait d’une maison à l’abri de tout – même le facteur déposerait les lettres dans une boîte à l’entrée d’un chemin ils n’auraient pas besoin de beaucoup pour vivre elle voulait une maison avec un arbre et une balançoire des enfants à vélo et une rivière, derrière. Des oiseaux.
Et elle regarde au loin – quand elle pleure elle regarde au-dehors elle dit tout bas je pensais pas. Je pensais pas que ce serait ma vie, ça. J’ai bataillé quinze ans pour jeter à l’eau à la place d’un corps mort les mots coupable et pardon et je me retrouve à l’aube, tremblante sur le bord d’un balcon, à penser qu’est-ce que j’ai fait ?
Ce que tu as fait, c’est rester en vie. Ce que tu as fait, c’est pleurer toute la haine de ton ventre et l’enterrer sous des tonnes de silence. C’est décider un jour que tu allais vivre et le crier et le porter dans toi – et le donner.


22:59 Publié dans faudra | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note


















