20.11.2009

La mélancolie, c'est un désespoir qui n'a pas les moyens (Ferré)

Mon amour

...
Les points de suspension, regarde, c'est du silence.

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© TZB

Funambules

"Il y a deux sortes de gens.
Il y a ceux qui vivent, jouent et meurent.
Et il y a ceux qui ne font jamais rien d'autre que se tenir en équilibre sur l'arête de la vie".

Maxence Fermine, Neige

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18.11.2009

L'île

- Tu veux monter ?

je crois que j'avais oublié qu'elle pouvait sourire comme ça. L'appartement sentait les lys blancs. Anna était ce genre de fille, qui s'achète des fleurs.
Lucas a couru dans sa chambre, on entendait le bruit des voitures et les paroles d'une chanson. ça faisait trois jours qu'il la chantait, ça parlait de noël et de cadeaux et ce qui plaisait beaucoup à Lucas, ça disait "papa et maman sont contents".
et puis c'est monté d'un seul coup. Un truc irrespirable. Je pouvais poser mon regard nulle part. Le cadre, le collier, le meuble, la vaisselle, tout disait nos dix ans à nous deux.
Anna nous servait du vin, j'avais envie de poser mes mains sur elle et remonter sa jupe, je faisais des petits pas de côté, je  m'efforçais de regarder par la fenêtre. J'ai juste dit "Tu as gardé ça ?" et elle a eu encore un sourire, pas le même, un plus triste, un qui disait j'ai tout gardé jusqu'aux creux dans mon ventre et ton fils te ressemble.
J'ai bafouillé. J'ai failli renverser le vase. J'ai vite été embrasser Lucas. J'ai dit je vais y aller.
Elle posait les verres sur la table. Elle était belle, et malade. Moi j'étais marié.

J'ai roulé vite, trop vite, j'ai baisé Chloé furieusement. Au petit matin j'avais des cernes immenses et des larmes qui coulaient d un seul oeil - c'était le vent, le froid, dix ans d'amour d Anna.

Et je crois que je vieillissais.

 

 

17.11.2009

Manège

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Seul le dernier manège était encore ouvert. La femme derrière la vitre était énorme. Noé était assis dans un train vert et tournait. J'avais recommencé à fumer. J'avais l'impression d'avoir le ventre déchiqueté par une bombe et j'ouvrais grand la bouche, comme si de ce ciel gris d'automne allaient tomber - chhtt... - des étoiles.

 

 

13.11.2009

Esmeralda Alice Caroline

Dans mon sac le livre que je trimballe s'appelle La vie commence.
J'ai lu deux pages du journal avant de sauter dans le train. Je voulais m'endormir. La petite vieille dame m'aurait réveillée. J'aurais pu m'engouffrer dans ses bras.

Je ne savais plus quoi dire. J'étais sans mots et sans forces et du dehors résonnaient les bruits d'autres enfants. J'ai dit Tu veux qu'on appelle papa ? et t'as bougé. T'as cessé de pleurer. Tu n'avais rien à lui dire, mais tu voulais bien que j'appelle. Je sais.

Je sais. Moi je repensais alors à ce soir de mai où mes sanglots criaient Il est où papa ? Il est où papa ?
Cette année. J'avais trente ans.

 

 

06.11.2009

apostrophes

Tu as l air bien.
et si tu souris comme ça y a tout ton corps qui s ouvre - quand tu le vois je le devine
il t a repeinte en or
t as du rose plein les joues
et tu nargues, fière, les roux de l automne.

Ne te retourne pas.
Il marche un pas derrière toi.
Il marche une main dans ton ventre
il ne la retirera pas.
et tu t abandonnes
tu ne cèdes pas - tu t envoles
et des gouttes de sang
coulent au sol
au loin quelque chose bat
quelqu un chante
tu as mis son coeur dans une petite boite en bois
et tu l entends qui tape
jusque tard dans la nuit
et tu l entends qui pleure
les draps sentent encore lui
lui et sa peau d homme
les rêves qui brillaient dessus
les plaies qui criaient fantômes
- à crier
je n en pouvais plus

regarde les gens défilent
applaudissent disent bravo
on a refermé les livres
regarde - c est bien rangé
mis tout ensemble ça ne tenait pas
c était bancal ça s effritait
regarde : c est nos deux vies qu on sépare
je voulais apprendre de lui
je voulais corner les mêmes pages
j ai failli - son nom à lui
mais son nom à lui il est dans chacun de mes gestes
dans chacun de mes souffles
il crie
il tambourine
il dit ma femme
ma putain
ma céleste
et il rit
tu peux scotcher
fermer
vérouiller
et mentir
lui il rit.

 

 

04.11.2009

Mem

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22 marches. 703 fois. aller-retour.
et toi tu chantes.
cette peinture c'était pour les chaises dehors.
et toi tu chantes.
"dis, est-ce que tu m'aimes encore, dis est-ce que tu dors ?"

ta colère je l'ai cherchée.
lundi elle m'a dit "vous étiez malade".

 

31.10.2009

demain

j'ai levé les yeux au ciel. Je croyais que c'était un oiseau.
C'était un père qui embrassait sa fille.
J'ai fermé les yeux comme s'il y avait du soleil.

demain je dors chez moi.

 

Ivresses

j'ai ce mot-là dans le ventre depuis des jours.
je racle.
de toi tout mon corps je racle.



J'aurais aimé vous écrire.
Parce que dans le tumulte des voix la vôtre me manque.
Je suis là, debout face aux grilles du palais et je pense : vous devez éprouver le froid, j'en suis sûre.
Et cette phrase entendue dans un livre, que mon fils répète ces jours-ci : maman, c'est l'automne, les feuilles tombent, les petits oiseaux se rassemblent.

Je n'ai pas d'adresse. J'ignore où vous êtes. J'ai tout rayé de vous. Puisque vous me le demandiez. J'ai jeté les lettres, le collier d'ambre et le froid sur la peau.

ce soir je suis vide de vous.
il y a la lumière sur les pierres blanches et si je tremble - qui viendra me serrer ?

Je fredonne et mes yeux coulent encore, coulent depuis des jours - maintenant quelqu'un manque, et c'est la terre entière bientôt.


J'ai cru que c'était toi. J'ai cru jusqu'à souffrir.
Mais il y a quelque chose que tu ne m'as pas pris. C'était - dans les pages d'un livre ce midi. C'était - face à l'enfant. C'était - sur les pierres grises tout le jour durant. Tu vois, je rime encore - et ça me fait sourire.
Il y a quelque chose que tu ne m'as pas pris.
Devant chaque petit bout du monde, le sentiment de beauté.

 

07.10.2009

Les enfants sont neufs

Il y a des scènes que l'on répète mille fois, les mots s'usent et se perdent, au-dehors je crois quelque chose du temps qui abîme les détails qui font les vies et les années passent ainsi sans qu'aucun mot jamais ne soit dit.
Il a cinq ans, dix, quinze et puis dix-huit, à vingt il s'en va et mon ventre s'est creusé des gouffres des mots impossibles.
Pour son anniversaire, parce qu'il devenait grand, parce que ça pesait trop et chutt... se faire petite auprès de lui si grand. Je répétais, chaque souffle, chaque syllabe et je changeais tout, tout le temps, jusqu'aux virgules Théo vient t'asseoir je... viens. Je voudrais te parler. Juste, dire.



La glycine sur la terrasse c'est lui qui l'a plantée. Théo est un livre ouvert et qui apprend. Il sait le nom des plantes et de l'oiseau là qui chante, et lorsque je le regarde enfouir ses mains dans la terre, il me semble un moment qu'il a pris de l'existence la sève, les chants, les fruits.

J'ai vieilli quand lui grandissait et il m'a pris la main pour me dire, avant que mes mots à moi jamais n'aient franchi mes lèvres, me dire maman je vais être papa. Marie attend un enfant. Maman je vais être père.


On peut tout mettre dans des boîtes dans des livres des albums on peut ouvrir et refermer jeter et brûler il y a des choses qui jamais ne s'en vont et mon Dieu pourquoi je n'ai jamais su ?

 

 

 

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C'est dimanche. j'ai passé une nuit presque blanche à tout étaler devant moi, tout reprendre pour lui donner un récit qui se tient, organiser, hiérarchiser et puis pleurer parce que devant les souvenirs on pleure.

C'est dimanche, Marie et Théo viennent ce midi déjeuner à la maison et je leur dirai asseyez-vous, je lui prendrai la main Théo assieds-toi. On prend parfois des décisions en quelques secondes, quelques jours - et puis c'est la vie entière qui bascule. Ensuite on vit avec ces choix dans nos chairs parfois comme des plaies ouvertes - et les autres n'en savent rien. Et personne ne comprend. Théo j'étais amoureuse.

07.07.2009

Et si la nuit me cache moi je pleurerai cachée dans mes mots


Vendredi 10 juillet, à partir de 21h30

apéro-rencontre suivi d'une projection et d'une lecture,
par Madeline ROTH, de son roman Septième

(Roman photographique à paraître en octobre chez Où sont les enfants ?)
Maison-Galerie L'atelier du midi
1, rue du Sauvage, 13200 Arles - 04 90 49 89 40


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Elle rit. Elle a ce drôle d'éclat de rire qui me vrille soudain le bas du dos.


Jusqu’à aujourd’hui je ne t’avais rien demandé. Tu débarques dans ma vie et j’ai cassé tous les miroirs. De la honte – j’en ai pris pour vingt ans. J’ai besoin de tout – sauf que tu m’en rajoutes, le truc qui tombe sur mes pieds nus et qui me fait me rhabiller dans le noir.


T’es incapable d’entendre la souffrance. Incapable de lui faire une place quelque part dans ta vie. Déjà trop chargée. Trop de choses pas assez réglées pour dire bien sûr on se pousse, on tasse, on use. Elle est égoïste, ta vie.


Tu ne sais pas t’excuser. Et moi – m’excuser pour deux, je ne peux plus. Pardon d’être là, d’avoir vécu ça, pardon de me battre, d’en chier, de remuer la merde pas de porte des autres, je m’excuse pour votre bêtise et vos silences et votre refus d’entendre de voir. On n’existe que dans les yeux des autres alors si je me vois pas, moi, dans tes yeux ? si dans le miroir, je me dégoûte ? si au milieu des draps blancs, j’ai honte ? j’existe où ?


Tu vas m’enlever ? De ta vie, tu vas m’enlever ?


Non.

Non, Laura, je vais enlever tout autour. Les guerres qu’on s’est faites. Là, juste, ce moment-là, à redire toujours pareil, à se regarder toujours pareil. On ne va nulle part. Ça ne me fait que du mal. Les amours meurtris, les passions impossibles tu les laisses dans les livres, dans la vraie vie y’a ni prince ni princesse et les gens qui s’aiment s’aiment en vrai. Pas de loin. Pas à moitié.


Si je ne te suffis pas pour tenir debout – si ce n'est pas moi qui doit t’aimer alors oui, on arrête. Je ne t’enlève pas. C’est toi qui t’en va.


Petite poupée brisée – elle s’est écroulée au sol dans un sanglot à déchirer le ciel. Et elle hurle Qu’est-ce que je vais faire ? Sans toi, je vais faire quoi ?


Tu vas grandir.

Il faut que tu grandisses, maintenant.

17.06.2009

Si tu veux te mettre en route en ce monde, mieux vaut y naître sept fois

(...)
Si tu écris et en as les moyens,
que sept hommes écrivent ton poème.
Un qui bâtit un village de marbre,
un qui est né couché,
un qui dresse la carte du ciel et la connaît,
un que les mots appellent par son nom,
un qui a perfectionné son âme,
un qui dissèque les rats vivants.
Deux courageux et quatre sages :
toi, tu dois être le septième.
(...)

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Attila Joszef, Le Septième,
In John Berger
(Katy)